Divorce franco-canadien : Attention aux pièges de votre régime matrimonial !
Vous êtes Français
résident au Canada, Canadien vivant ou ayant vécu en France, ou un couple
binational ?
Si vous envisagez une
séparation, la liquidation de votre régime matrimonial peut rapidement devenir
un casse-tête juridique et financier.
Le choc entre le droit
civil français et la Common Law canadienne ou le droit familial québécois
réserve bien des surprises.
1. Quel
est votre régime matrimonial ? L’impact crucial du premier domicile
En l’absence de contrat de mariage, votre régime
matrimonial est déterminé par la loi de votre premier domicile conjugal stable
après les noces, selon la Convention de La Haye de 1978 ou les règles de droit
international privé.
Si vous vous êtes mariés sans contrat et installés
immédiatement au Canada, vous êtes soumis au régime légal de votre province :
la société d’acquêts au Québec, ou le partage des biens familiaux en Ontario.
Si votre mariage a été célébré en France et que
vous y fixez votre première résidence, vous êtes soumis au régime de la
communauté réduite aux acquêts à défaut de contrat de mariage.
La différence est majeure lors du calcul de la
séparation des patrimoines.
2. La
mutabilité automatique du régime : Le piège invisible
Pour les couples mariés entre 1992 et 2019 sans
contrat, la Convention de La Haye prévoit une mutation redoutable : le
changement automatique de régime matrimonial après plus de 10 ans de résidence
dans un nouvel État, ou dès la délocalisation si vous avez la nationalité de
cet État.
Ainsi, un couple français marié à Paris sans
contrat en 2005, puis installé à Montréal en 2007, verra son régime français se
transformer automatiquement en régime québécois en 2017, parfois à son insu.
Cela modifie la nature de vos biens et les règles
de calcul dans le cadre des opérations de liquidation et de partage.
3. Choc
des cultures juridiques : Biens à l’étranger et prestation compensatoire
Le tribunal saisi du divorce ou une fois celui-ci
prononcé, qu’il soit en France ou au Canada, devra liquider les intérêts
financiers.
Or, les tribunaux canadiens incluent l’ensemble
des biens mondiaux, y compris les biens immobiliers ou comptes situés en France
dans la masse partageable, sans forcément appliquer les subtilités des contrats
de mariage français comme la séparation de biens.
De plus, les notions de prestation compensatoire
et de pension alimentaire pour conjoint obéissent à des barèmes et des
philosophies différents, pouvant mener à de lourds déséquilibres économiques.
4. Attention
au patrimoine familial québécois !
Le patrimoine familial
représente un piège majeur pour les couples franco-canadiens, en particulier
ceux établis au Québec.
En effet, contrairement
au droit français qui liquide les biens selon qu’il y ait ou non un contrat de
mariage, la loi québécoise impose un régime d’ordre public d’une portée
considérable.
Dès qu’un tribunal
québécois est compétent pour le divorce, il s’opère un partage égal de la
valeur des biens du patrimoine familial, entendu comme les résidences du
couple, leurs véhicules et leurs droits de retraite, et ce, peu importe le
régime matrimonial choisi en France ou le nom du propriétaire inscrit sur les
titres.
Ainsi, un époux français
ayant acquis une maison au Canada ou cotisé à des fonds de pension avec ses
fonds propres peut se voir contraint d’en céder une partie à son conjoint.
Cette confrontation
entre l’autonomie de la volonté française et l’impératif protecteur canadien
crée une insécurité juridique majeure, rendant indispensable d’aborder la
question du choix de la loi applicable au régime matrimonial en amont de
l’union.
5.Les
bons réflexes pour se protéger
Pour éviter que la liquidation ne tourne au
désastre, plusieurs mesures s’imposent :
·
Faites un audit de votre situation : consultez un notaire
et un avocat en France et un avocat en droit de la famille au Canada, pour
identifier clairement le régime qui vous est actuellement applicable.
·
Rédigez une convention de choix de loi afin de figer
votre régime matrimonial : pour éviter les mutations automatiques indésirables.
·
Anticipez la fiscalité transfrontalière : Le transfert de
biens immobiliers ou financiers d’un pays à l’autre lors d’un divorce peut
déclencher des impôts sur les gains en capital des deux côtés de l’Atlantique.
Vous l’aurez compris, un divorce international ne
s’improvise pas.
Avant d’engager toute procédure de séparation ou
de liquidation, une analyse de votre patrimoine est indispensable pour
préserver vos droits.
Maître POH MANZAM, avocat au Barreau des
Hauts-de-Seine en France et de Montréal au Québec, met ses compétences en droit
international de la famille au service de sa clientèle binationale.
En cas de
doute, prenez rendez-vous, et nous aurons des réponses pour vous !


